15 janvier 2010

(en rev'nant d'l'expo)

 

Terra  Paris – (France).

 

L’exposition commençait à s’essouffler. Les visiteurs, nombreux les premières semaines, se faisaient rares. L’engouement pour « les ârtistes de Mârs » retombait, brouillé de surcroît par le nouveau sujet à la mode : les Chimps et leur projets d’installation entre Chine et Tibet.

 Strhashna se faufila à travers les salles d’expo en direction des locaux administratifs. Elle passa sous la sculpture intitulée : « Ammoniac’girl with two children » que Yacine avait composé avec des morceaux de Plex récupérés. Une des gardiennes lui fit un petit signe amical au passage. Deux visiteurs, un vieux monsieur très digne et une jeune femme : sa fille ? S’interrogeaient devant «Never Help Yourself » l’ultra célèbre installation qui avait servi d’affiche pour cet évènement culturel et artistique. Ils tiquaient visiblement sur l’invitation à se servir eux-mêmes de certains des composants pour découvrir le contenu de l’œuvre.

 « Ça me fait penser à de l’Art conceptuel à l’ancienne manière… » - Dit le monsieur.

 « Art conceptuel ? Qu’est-ce que c’est ? » - Demanda la jeune femme.

 « Ahem…C’est un peu difficile à expliquer avec des mots, sweethæart. Je dois avoir un Data cristal à la maison avec des illustrations holos. Rappelles-moi de te le montrer. »

 « Viens, daddy, retournons voir les dessins de sa descendante, la naturaliste. Ils sont tellement beaux, enfin…si émouvants je veux dire ! » - Dit la fille en passant son bras sous le coude de son paternel. Le vieux n’avait pas l’air très chaud pour retourner dans ces salles là. Sur Terra on ne montrait pas la guerre et ses horreurs de cette manière. Enfin, plus…L’expressionnisme était jugé…fatigant. Personne n’aurait osé l’écrire noir sur blanc mais la moitié de ce qui était exposé ici, issu de l’œuvre d’une vingtaine d’habitants de Mars, humains et velus, semblait décadent à de nombreux terrestres.

 La Chimpe sourit – « Au moins ces deux-là prennent-ils le temps de se parler devant le spectacle. »…Strhashna tapa son code à l’entrée des locaux administratifs et frappa à la porte du commissaire de l’Exposition où elle était attendue.

 ……………………………….

 - « Seriez-vous d’accord pour qu’on avance de quelques semaines le transfert de vos collections vers Barcelone, mademoiselle Sgharnova ? Les catalans sont d’accord pour avancer leur inauguration.» - Demandait le responsable de l’accrochage.

 - « Cela ne me dérange pas, Sir. Vous pouvez procéder. » - Lui répondit Strhashna. Les administrateurs de cette aile d’expo du Centre d’Art contemporain piaffaient d’impatience et aspiraient à libérer les salles pour le prochain cycle de programmation. Pour dire les choses crûment, ils estimaient que l’Expo martienne étant un échec commercial malgré le battage des débuts, il était temps qu’elle dégage la place ! Strhashna était habituée. De toutes façons tous les frais étaient pris en charge et intégralement couverts par les Trésoreries des Légations martiennes sur la planète bleue. Le décrochage et l’acheminement des œuvres seraient effectués un sans faux pli par les services français, elle en était certaine. Elle se retira après avoir pris congé poliment, avec force démonstrations de gratitude. Elle fonça en trolley prendre son train pour Londres. Une fois placée, elle s’y assoupit en attendant l’entrée du tunnel sous le channel. Encore deux semaines de parade « culturelle » pour l’accrochage dans la capitale de la Catalogne, puis elle pourrait enfin prétexter de l’urgence qu’il y’avait à aller préparer l’étape suivante de l’expo itinérante : à Jogjakarta.

 « Et là ! À nous les Célèbes ! » - Marmonnait-elle en dodelinant de la tête sur son siège.

 Zoun, dont les œuvres représentées couvraient presque 50 % du total exposé, ne s’était déplacée qu’une fois depuis que le « cirque » avait commencé ses tournées. Au commencement, précisément, elle avait accepté de se plier à l’exercice médiatique. Une fois ! Depuis, un an durant, c’est elle : la petite Strhashna, qui s’était appuyé tout le barnum.

 « Tu vois, Strhashna ? Pourquoi ma sœur Borte et moi nous voulions une personne jeune et neuve dans le métier comme imprésario et représentante artistique, maintenant ?! » - Lui avait glissé la petite chauve toute ridée dans la loge volante de maquillage/démaquillage de la Tvid/Voile terrien au Federal Muséum de la mégapole des grands lacs de Northamérica.

 « Parce que vous aviez prévu la profondeur du hiatus entre Mars et Terra et le peu d’intérêt que cette entreprise allait susciter ici ? » - Lui avait-elle proposé comme explication.

 Zoun Ramdzong l’avait regardé et, constatant sans doute combien elle était lasse, lui avait dit :

 « Tu en as déjà marre et cela ne fait que débuter. Pardonnes-nous ma petite sauterelle. Vois-tu, le peu d’impact apparent que suscitera sans doute cette tournée sur Terre est aussi révélateur des limites que notre espèce rencontre. Il n’a d’égal en cela que l’enthousiasme, tout aussi déraisonnable, que l’Expo a suscité sur Mars. Nous voulons juste dire : « Voilà : nous sommes cela ! Ces gens-là. Pas plus, pas moins. Nous vivons et sommes issus de vous. ». Comprends-tu à quel point cela est important ? Au-delà de la réussite factuelle de l’Expo ? »

 « Je suis une non humaine, Ser ! » - Lui rappela Strhashna comme pour expliquer.

 « Absolument, une non humaine,  et inexpérimentée ! Un humain sûr de défendre « Son » projet, entamerait dès demain matin un vaste travail de lobbying, d’explication et de publicité. Ce dont nous ne voulons à aucun prix. C’est un moment désagréable et je m’en excuse encore une fois auprès de toi. Tu es jeune, et bien payée, tu auras le temps de t’en remettre…Sans compter l’expérience de vie que tu accumules sans bien t’en rendre compte et qui ne peux que te servir pour la suite…Quand tu te concentreras sur tes propres désirs et tes projets. »

 

Cela, c’était à Chicago. Après le continent américain, Strhashna s’était posée à Londres pour y rayonner sur les quatre spots d’expo prévus en Europe (Londres, Berlin, Paris, Barcelone). C’est là qu’elle avait retrouvé Sherghi. Non sans étonnement. Ou plutôt non : « qu’il l’avait retrouvée ! »…Songea t’elle tandis que le train entrait dans le tunnel sous la Manche.

 Passer sous cette masse d’eaux vivantes emplissait Strhashna de répulsion à chaque traversée. « C’est stupide !» - Avait-elle confié à son congénère martien lors du cocktail de clôture dans les salons du British Muséum. L’agronome velu de la Cavité 13 de Votam lui était apparu 15 mns auparavant, tel le fils du Cheik. Sherghi ! Sur son trente et un dans un costume de velours côtelé impeccable, une coupe de jus de mangue à la main. Il s’était penché à son oreille.

 « Pas du tout ! Leur vieux tunnel fissuré est complètement branlant. Un de ces quatre, tout va s’ébouler ! Moi aussi je serre les fesses quand je traverse.» - Avait-il murmuré.

 « Oh ! » - Avais-je dit - Se rappela t’elle.

 Les terriens aussi avaient appris à se servir des nano Pex en projection pour creuser. La technique de la recomposition moléculaire, en revanche, elle, avait été malencontreusement perdue pour eux. Seuls les membres des Hautes Taupes sur la planète rouge en détenaient le secret. Or, faire cracher une info détenue par une Haute Taupe était encore plus difficile que d’exiger d’une Haute Vestale Lysistrate qu’elle se mette à gazouiller sur les dernières techniques de verrouillage des champs de force. Durant son séjour martien, Strhashna circulait sans aucun état d’âme, ni peur, en tunnels et en cavité…Comme tout le monde là bas. Une paroi en céramique reconstituée, avec ses structures en alvéoles, était toujours plus solide que le substrat de composition dans lequel elle s’insérait. Là-dessous par contre…brrr…

« Vous n’êtes qu’un rustre, Professeur Sherghi ! Vous dites cela pour m’impressionner. »

 «  Évidemment ! Vous pensiez que j’étais venu là pour quoi sinon ? Pour admirer les fresques du plafond ? » - Souffla t’il avant de reprendre une gorgée de sa coupe.

 « Vous aviez été invité, non ? » - Ai-je dit en m’écartant vers les hauts murs des salons.

 « Négatif ma belle. Je ne suis dans cette salle que parce que je l’ai expressément demandé. »

 « Juste pour m’impressionner ?» - Demandai-je en l’éloignant encore un peu plus de la foule.

 « Cousine !...Qu’aurais-je dû faire autrement ? Vous envoyer ma propre invitation à suivre un de mes cours, intitulé : « incidence de la sélection  par croisements sur la sexuation des légumineuses irriguées / différences de procédures selon les substrats choisis ? » »

 Je pris un air ingénu et pensif - « J’aurais préféré un autre intitulé. » - Lui avais-je dit.

 « Par exemple ? »                                                

 « Étude en mode accroupi du syndrome de Lady Chatterley appliqué aux Chimpes Amélios. »

 Sherghi avait éclaté d’un grand rire qui fit tourner de nombreuses têtes dans cette réception très mondaine. Il ne se décontenança aucunement, se contentant de lever les mains en direction des autres invités. « Eh oui ! Je rigole. Eh bien oui. Faites en donc autant, cela vous fera du bien. » - Disait clairement sa mimique. Quand les regards se furent détournés, il reprit :

 « J’ignorais que les Chimps élevés sur Terra bénéficiaient d’une si « haute » culture. »

 « Primo, je suis une verte autant que vous, deuxio, mon père était riche à millions…J’ai eu des professeurs particuliers, nombreux. Jamais je ne suis allée à aucune école. »

 Sherghi avait posé une main pattue sur mon épaule.

 « Viendrez-vous ? Cela n’engage à rien. Je m’ennuie quelquefois, ici… »

 Strhashna se souvenait très bien la façon muette dont elle avait secoué la tête de haut en bas. Entre eux, les Chimps n’avaient nul besoin de paroles pour signifier un accord – ou un refus !

 « Oui, je viendrai ! Sûr que je viendrai ! Cela n’engage que moi, et je le décide. »

 - « Méfiez-vous, Sir Sherghi, j’ai un cœur d’artichaut, d’artichaut froid, au vinaigre. Les deux personnes Singes qui ont un peu compté pour moi n’ont pas fait long feu…Cela ne vous effraie pas ? » - Avait-elle prévenu. Sherghi n’avait rien répondu en paroles. Il l’avait seulement regardée. Il avait ensuite posé la coupe de mangue à moitié pleine sur une tablette, et avait glissé une mince carte sous le rond du pied de verre gravé en intaille. Puis il était reparti - en silence, comme un prince - la laissant finir son boulot avec cette satanée réception.

 Dans le train grande vitesse, son braç comm buzza doucement contre sa peau.

Tu rentres - ce soir ? – Lut-elle via ses Implants.

 Suis sous la flotte – J’arrive dans 40 minutes – je t’aime. – Envoya t’elle, et Strhashna se tourna sur le côté, pour dormir un peu avant l’arrivée à Trafalgar Station.

 

Posté par shaarka à 15:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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