15 janvier 2010

(les futures druidesses velues)

Nord du Tibet…… chaîne intra montagnarde anciennement dite « de Ritter »…..

 Cette partie de l’immense dépression intra montagnarde était la plus basse d’altitude de tout leur nouveau territoire. Aux alentours de 2600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le versant sud des monts offrait ses flancs au soleil. Les pentes, inviolées depuis deux siècles, jadis ravinées et lessivées, voyaient sur leur piémont s’épanouir de magnifiques forêts. Avant de fermer toute la région au peuplement, la Charte avait tout de même veillé à donner un coup de pouce à mother earth. Des essences venues de Dzoungarie et de l’Altaï mongol - plus au nord, plus arrosés - avaient été transplantées jadis. Leurs greffes avaient pris, magnifiquement.

 Les « velus » choisirent d’installer sur ce vaste site l’essentiel de leurs campements ainsi que leurs installations civiles principales. A cause de l’excellence de la localisation géographique. Parce que c’était central, et enfin parce que le plus gros travail à effectuer pour les générations à venir se trouvait juste en face d’eux : une immense région de marécages et de tourbières dont il allait falloir s’occuper puisque c’est précisément là que l’essentiel des eaux, pluie, neige, eaux de fonte glaciaire, parcimonieuses, se retrouvaient piégées au final sur ce territoire.

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 Des clairières commençaient déjà à s’ouvrir à flanc de monts, taillées par des brigades de bûcherons Chimps qui montaient bâtiments provisoires en bois et autres ouvrages au fur et à mesure de leurs coupes. Leurs tronçonneuses avaient pris possession des pentes. Se déplaçant de place en place, procédant par endroits soigneusement définis à leurs abattages, telles de précautionneuses fourmis, attentives à respecter la nature et la topologie des adrets des deux longues chaînes montagneuses intérieures sur 300 km de bande. Les Chimps Amélios étaient d’excellents travailleurs du bois et des arbres. Onze mois durant, des spécialistes glabres venus en renfort aidèrent les velus. En tant qu’expert des risques climatiques et géographiques en tous genres, le père de Ser Kara Khan était devenu un incontournable conseiller technique.

 Ce fut lors de la seconde phase, une fois les trois premières semaines passées à discuter avec les experts Chimps, que « Abû » Ismahil Khan connut sa première bataille d’importance.

 Après avoir patiemment finalisé les « prévisions forestières », ils se préparaient à planifier la suite. Ils avaient, dans cette optique, réuni le plus de Chimps se sentant intéressé ou concerné par la mise en valeur des nouveaux terroirs qu’ils avaient pu trouver. Après une heure de prise de contact, « Abû » Ismahil se rendit compte qu’hormis les velus agronomes, hydrauliciens, phytos et éleveurs, qu’il connaissait déjà, le niveau de connaissance de la masse du peuple singe en technique agricole de base était des plus médiocre. Une fois les présentations, les premiers dialogues retombés, le vieil ouzbek prit la parole d’une voix douce, mais grave.

 - « Seuls 2% d’entre vous connaissent les techniques agraires simples ? » - Demanda t’il.

 - « Hélas oui, « Abû » Khan. » - (Ismahil avait formellement interdit qu’on l’appelle maître) – « Nous faisons un tout petit peu de maraîchage en production vivrière, pour nous-mêmes, en dehors de cela, ceux d’entre nous qui ont travaillé dans les exploitations glabres cultivaient le sorgho, le millet et le mil, le maïs, parfois même le riz, mais jamais en métayage franc ! Uniquement en tant qu’ouvriers payés à la semaine. »

 Ismahil se caressa la barbe nerveusement – « C’est très embêtant…Récolter, tout le monde peut le faire. Mais si personne ne sait mettre les sols en forme, amender, traiter, entretenir, surveiller les rythmes de croissance…eh bien….il n’y a plus grand’chose à récolter… »

 « Vous pourriez nous apprendre, Abû… » - Fit timidement une Chimpe âgée.

 « Oh, ne croyez pas cela ! Moi, mon champ d’action est en amont de tout cela…Je connais nombre de pratiques bien sûr, mais les enseigner c’est une toute autre histoire…ça ne s’improvise pas de bric et de broc à partir de vagues souvenirs, ni sur des expériences de travail menées d’abord et avant tout pour pouvoir être accepté par telle ou telle communauté agraire que vous êtes chargé d’aider…Je suis un théoricien et un ingénieur, pas un paysan ! »

 « En plus, les exploitations glabres sont toutes gérées par informatique Vaev, Sir. Lorsque votre rôle se borne à exécuter avec de tels systèmes d’assistance, vous pouvez trimer des années sur une ferme…et vous n’apprenez rien… » - Remarqua avec une candeur désarmante un jeune Chimp aux jambes arquées de gardien de troupeau.

 « À qui le dis-tu ! » - Sourit le vieil homme en plissant les yeux. Il continua à échanger afin de glaner le maximum d’informations avec eux, tout en les rassurant un peu sur ses inquiétudes, puis il alla voir Hornak. Par le Mullah Nasr Boga Eddin ! Il n’avait jamais été homme à refuser de livrer un combat.

 

……Pavillon du Chimp Hornak…….plus tard………….

 Ismahil Khan savait encore argumenter de façon convaincante.

 « ….Oui, Abû Ismahil, il me semble bien qu’il est toujours sur Terra. Il donnait des nouvelles au père de Ser Kassandra de loin en loin. Son engagement doit encore courir. » - Dit Orland.

 « Par ma barbe ! » - S’exclama le vieil ingénieur de Douchanbe – « Sir Hornak, par Allah, pouvez-vous tenter le possible - et aussi l’impossible - pour entrer en contact avec ce Sherghi ? C’est lui, l’homme…euh…la personne de la situation ! » - Dit-il.

 Orland regarda le vieil ouzbek avec une évidente admiration dans le regard.

 « Je vais essayer. » - Répondit le Major Hornak depuis son fauteuil électrique. Le Chimp laissa Meï se charger de raccompagner Sir Ismahil et de prendre rendez-vous avec lui pour demain. D’un geste de la main il fit signe à Orland de grimper sur le side de coté de son fauteuil. Une fois le jeune Newth installé, il dirigea l’engin vers la sortie arrière du pavillon.

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Meï avait recouvré sa capacité de marche, elle ne s’aidait plus que d’une seule béquille. En 2372, elle était retournée six mois à Wu Han. Puis, par un matin d’automne, sur les contreforts du nord Tibet, Hornak avait eu la surprise de découvrir une famille de trois personnes au grand complet, avec toques et bagages, qui l’attendait au sortir de son bungalow de l’agglomération provisoire. Ils s’étaient inclinés avec ensemble. Horn voyait qu’à l’évidence, ils ne prendraient pas l’initiative de la parole. Il s’était senti horriblement gêné.

 « Quelle belle matinée, hein ? » - Avait-il dit, en désignant les contreforts au loin qui explosaient de jaunes, de rouges et de fauves éclatants en premier plan. Suivaient les ocres de l’étage rocailleux, surmontés par l’arrière-plan embrumé des arbres d’altitude dans les lointains, gris-bleu et verts qui s’effilochaient en lignes fines. Surplombant cette peinture signée dame nature : les sommets, peu acérés, semblaient flotter dans le ciel, neiges étincelantes dans les lueurs du levant avec des reflets orangés.  

 « Votre pays est très beau, monsieur.» - Fit le papa carbochimiste.                                

 « Bonjour Meï. » - Articula t’il. Il se demandait si un fond existait aux malaises de ce genre.

 Le père s’inclina à nouveau. Un visage réfléchi avec une expression sans déférence inutile - « Notre fille est revenue à vous, Sir. Allez-vous l’accepter ou devons-nous partir ? »

 « Je vous doit une vie, Sir Horn.» - Avait alors affirmé la jeune fille en souriant de toutes ses dents. Que répondre à cela, en présence de ses parents ? Il lui avait déjà expliqué mille et une fois, sur des tons divers,  qu’elle ne lui devait strictement rien. Qui décidait dans cette famille ? Il s’était adressé à la mère, une Han elle aussi, à tresses - très longues, très chinoises.

 « Je suis heureux que votre fille aille mieux et qu’elle remarche, madame.»

 « Oui, oui. Nous savons cela, Sir Hornak. Notre fille nous a convaincu. Meï n’est pas une bécasse… Ce que pourrait lui apporter de grandir aux côtés de votre aventure est supérieur à ce que nous-mêmes pourrions avoir à lui offrir comme possibilité de développement. Elle viendra nous voir pendant les vacances.» - La femme tenait une petite valise devant elle, à deux mains. Le Major Hornak - Chimp Amélio 3 - formé sur Mars - né en 2300 - 72 ans d’âge réel, avait lâchement abdiqué. « Entrez avec vos bagages, il y’a deux chambres de libres dans ce pavillon. » - Avait-il marmonné, en chinois archaïque, en soufflant puissamment de ses narines. Il avait fait pivoter son fauteuil à main - celui qu’il utilisait aux abords de son domicile et en intérieur - et il était remonté sur la rampe de planches rabotées. Le père se saisit des deux grosses valoches et avait suivi le fauteuil, sa famille sur les talons.

 « Ma promenade matinale le long des trottoirs de bois du « village rue » attendra. » – Avait songé Horn ce jour-là,  en  rouvrant la porte d’entrée d’une poussée de ses repose-pieds.

 Et voilà à présent que la jeune fille était là, en pleine croissance osseuse, au beau milieu de sa vie. Horn s’astreignait à des sessions de réadaptation fonctionnelle, presque tous les jours. La jeune fille suivait les cours au Collège, seule glabre dans sa classe de velus. Elle continuait à suivre également des enseignements à distance avec un des lycées glabres de la métropole chinoise de Lan Xu, limitrophe de leur sphère d’influence Chimpe Amélio bleue. L’adolescente, boulimique de vie, avait exigé en parallèle de pouvoir lui servir de secrétaire occasionnelle quand ils étaient à la maison. Il avait dû céder devant son insistance.

 Des enseignants Chimps d’ici étaient venus se plaindre – Ils avaient dressé des éloges dithyrambiques de la jeune Meï, mais néanmoins c’étaient bien des plaintes, Hornak n’était pas idiot ! – de l’influence que la jeune humaine exerçait sur ses camarades velues du Collège.

 « Nos filles/élèves ne tarissent pas de questions plus...pertinentes les unes que les autres depuis qu’elle nous est revenue. » - Disaient les finauds – « Elles sont très « émulées » par sa présence et les mâles/élèves ont bien du mal ensuite à suivre le feu juvénile de leurs adresses… » - Horn les avaient renvoyés à leur chères études et à leurs responsabilités d’enseignants sans beaucoup finasser, lui, en revanche. - Il n’était pas le chef, dans cette ville de pionniers ! – Leur avait-il rappelé en souriant, tel un Tartuffe poilu monté sur roulettes sur ses tréteaux de bois.

Le fauteuil automoteur traversa le jardin par l’allée et il s’engagea sur la promenade supérieure, celle qui filait en trace directe vers ses locaux techniques, planqués dans une casemate à flanc de coteau.

 « Je te laisserais lui parler au début, Orland ? » - Demanda Hornak à son passager.

 « Pas de problème, cher Horn. Tu sais, il va prendre son temps pour s’y préparer au mieux, mais c’est comme si mister Sherghi était déjà parmi nous.» - Répondit le jeune Newth, grisé par la vitesse sur cette piste en planches aux rambardes de bois. Hornak négocia un virage au plus près à une patte d’oie en fonçant vers le haut en plein élan, rasant les glissières de mélèze.

 « À propos, Orlando, j’ai oublié de te demander…Que fait Kara en ce moment ? Toujours en tournée chez ses sœurs druidesses du désert, en bas ?» - Interrogea le conducteur en criant.

 « Toujours ! » - Fit l’autre tandis que leur engin s’engouffrait dans la galerie d’accès.

 

2000 mètres en contrebas – rivages du lac Lob Nor.  (Désert du Takla Maklan)

 Sur une vue satellitaire, le lac Lob Nor semble tout proche de la chaîne de Ritter. Il est si beau ! Une vraie émeraude ! Il verrouille le passage, barrant les accès vers la chine pour tout être vivant qui, par voie de terre, veut s’échapper de cette cuvette torride en forme de cuillère qui se fait appeler tantôt dépression du Tarim, tantôt Takla Maklan, ou encore Turkestan oriental (chinois). Il trône fièrement au fond du goulet de constriction du désert, à l’ouest.

 Sur le terrain, deux cent kilomètres, malgré tout, les séparent, et surtout deux lignes montagneuses plutôt élevées, même pour un hélico du 24ème siècle terrien. Kara Khan, les quelques fois qu’elle était passée dans la cuvette basse depuis leur territoire d’altitude éprouvait systématiquement un pincement au cœur lorsque l’aéronef basculait enfin en franchissement de la barrière montagneuse du Nan Chan. Prenant sa respiration avant de glisser le long des versants nord, elle songeait que c’était en s’écrasant sur ces contreforts désolés que la Générale Nguyen, prise au piège dans les débris en feu de sa Guêpes UR, avait perdu la vie. Ses sœurs Lysistrates dans l’hélico le savaient bien et elles s’arrangeaient pour éviter le secteur exact du crash. De sa vie, Kara n’aurait participé qu’à un seul engagement armé : celui-là. Elle n’en gardait en mémoire que la haine qui l’avait envahi. Et le souvenir de leur insensibilité, à Orland et à elle, face aux cris d’agonie des ennemis, les mêmes pourtant que ceux de la Générale Suong.

 « Sœur ?» - Entendit-elle à ses côtés.

 Ah oui ! Elle était arrivée maintenant… Depuis trois jours déjà ! Son mini périple l’avait amené jusqu'à la région suivante, encore un peu plus au nord : celle que l’on appelait un peu abusivement « Les oasis de Tourfan », d’abord parce que depuis plus d’un siècle, le renforcement des pluies d’été avait coalisées entre elles ses auréoles végétales irriguées et qu’elle ne formait plus maintenant qu’une seule et même région de Huertas et de palmeraies, de vignes et même d’élevage en stabulation fixe. Ensuite parce que, même au temps qui les avaient vues désignées de ce joli nom générique, elles n’avaient pas grand’chose à voir avec ce que les gens du Maghreb ou du Machrek appellent une oasis. Kara Khan avait poussé son excursion/visite avec ses sœurs Lysistratéennes jusqu’en Dzoungarie cette fois-ci…

 « Excusez-moi. Vous disiez ? » - Elle rameuta son esprit parti battre la campagne.

 Les druidesses Lysistrates de la région ne réfutaient pas les mutations de personnel décidées par la hiérarchie des Hautes Vestales terrestres. Enfin pas ouvertement...On voyait quelques africaines, on trouvait de ci, de là une caucasienne ou une indo dravidienne dans les dômes et alentours. La majorité d’entre elles étaient tout de même issues des peuplades asiatiques de cette partie du continent. Leur appellation de «Léopards aux yeux bridés» était tout à fait fondée. Impossible aux autres humains du coin d’oublier que leurs brigades de maraude étaient majoritairement composées de leurs femmes, de leurs filles et de leurs soeurs. Qui en avait après eux - les locaux - avant que d’être les adhérentes à une idéologie globale.

 « Nous ne cherchons pas à tirer la couverture à nous, Ser Khan…Vous le savez n’est-ce pas ? » - Demanda la Vestale de Lob Nor. Les paires d’yeux en face attendaient la réponse. Beaucoup de khôl autour de pas mal d’entre eux.

 « Ne vous mettez pas martel en tête, sœurs. J’étais absorbée, sans aucunement songer à de tels soupçons. Vous avez volé à notre secours sans poser de questions, ni de conditions à votre aide. Si les Velus des plateaux et vous, passez des alliances et des contrats, ils seront négociés sans crainte et respectés sans esprit de suspicion. » - Lâcha t’elle, se reprenant.

 Une des officière, une Tadjike sceptique apparemment, haussa les épaules.

 « Toutes les alliances, tous les contrats, sont les lieux et l’occasion rêvés de suspicions et de méfiance, Ser Khan… » - Décréta cette Commandante aux longs cheveux clairs passés au henné, avant de demander d’un ton plus doux – « Alors, sœur martienne, que pensez-vous, à titre personnel, de cette proposition d’ouvrir notre recrutement aux femmes Chimpes des hauts plateaux dans l’avenir ?»

 Kara fronça les sourcils puis le nez, et prit l’air le plus imperturbable qu’elle put trouver.

 « J’en pense que vous avez prit cette décision avec de nombreuses arrière-pensées. » - Admit la commandante Khan, druidesse verte de son état. Pour continuer – « Vous nous en laissez regarder miroiter certaines, juste pour mieux dissimuler celles que vous tenez secrètes… »

 Toutes les cheffes guerrières éclatèrent ensuite de rire avec Kara.

 « Sacrées vertes ! » - S’esclaffaient les sœurs Léopards.

 « À propos, les Chimps de là-haut n’ont toujours trouvé de nom à leur pays, Ser ? »

 « Ils attendent d’être sûrs de le vouloir... » - Répondit Kara Khan d’un air attendri et alangui. Son esprit  pensait à présent à sa nouvelle patrie d’adoption terrienne et à ses habitants. A trois d’entre eux, en particuliers. Pendant qu’elle dansait ainsi sur le fil, dans cette magnifique portion de semi désert, entre remises en question et mission de confiance, Orland (« son » Orland !) et Hornak, là-haut, avaient fini par mettre la main sur Sherghi à Londres.

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 « Désolé, je ne peux pas venir immédiatement, Major Hornak. D’autres promesses me lient jusqu’à l’an prochain. » - Disait l’agronome Chimp depuis son appartement londonien.

 Hornak prit sur lui malgré sa déception relative : « Cela ne vous est pas demandé, Sherghi. Pouvez-vous et voulez-vous venir quand vous le pourrez ? Voilà ce que je voudrais savoir… »

 « Écoutez, à partir de juillet 2373 je devrais être disponible pour une durée suffisante. Je vais préparer l’envoi de quelques uns de mes élèves les plus doués pour commencer à défricher le chemin…au sens propre comme sens au figuré…à ce propos…cela bouscule t’il votre approche si certains d’entre eux sont des humains ? »

 Le Chimp Amélio Horn, cloué dans son fauteuil, au Tibet, se dit que ce Sherghi était apparemment un type qui avait plus de ressources sous les pattes qu’il ne l’avait cru un instant auparavant. Il ne s’attendait pas à une si belle proposition. Ses soupçons en revanche sur l’étonnante coïncidence qui voulait que Strhashna se trouvait habiter en ce moment même dans la même ville européenne que ce Môssieur l’agronome en revanche...monta en flèche des plusieurs crans. La situation des collectifs de Velus qui continuaient à affluer dans leur pays en recherche de lui-même était assez préoccupante pour les responsables d’ici. D’un point de vue tout a fait objectif et alimentaire en particulier. Hornak se reprit immédiatement. « Pas du tout ! » – Répondit-il avec empressement – « Tous les humains sont les bienvenus en tant que soutiens. Nous voulons juste éviter de donner à penser aux glabres que nous ouvrons cette région au peuplement anarchique de tous. Merci pour votre franchise et votre aide. A bientôt et bonne chance à vous, Sherghi ! »

 « Envoyez-moi le maximum d’informations que vous pourrez réunir sur votre situation. » - Répondit chaleureusement l’autre – «  J’en tiendrai compte. Bonne chance à vous. Je vous rappelle dans une semaine. ». Avant de couper la comm. Hornak se tourna vers Orland qui était resté à côté de lui après lui avoir passé le velu de Londres. L’air dubitatif du glabre lui arracha un sourire. « Raté, mister Newth. On n’a pas toujours raison. Ni ce que l’on désirait au départ ! » - Songea t’il. « Ce Singe viendra. Sur ce point vous aviez raison Orland. J’en suis sûr. » - Lui signala t’il sur un ton qui déstabilisa un peu l’humain.

 « Vous me vouvoyez à présent ? » - S’étonna l’ancien Surfacier reconverti. L’infirme Chimp Velu lui posa une main amicale sur l’épaule. « J’ai mes raisons, Orland... » - Fit-il en guise de réponse, avant d’enjoindre le jeune humain à remonter dans le side de son fauteuil.

 ..…Plus tard…Collège d’enseignement du District 8 : agglomération « de Ritter »…….

 Voilà six mois que les premiers « professeurs anglais » étaient arrivés chez eux. Les cours agraires en direction des colons Chimps Amélios s’enchaînaient à un rythme effréné autour de l’agglomération  Les deux types de terroirs retenus pour les exercices d’application couvraient déjà plus quatre cent hectares entre agriculture de substance en milieux forestiers et mise en cultures de prairies proches. Ils s’étaient posés avec un dirigeable qui restait encore à la disposition de la communauté Chimpe Amélio. Au nombre de vingt : 12 Chimps de Terra et 8 glabres, accueillis avec reconnaissance par tous, ici. L’engin servait à présent à de nombreuses tâches. Et était amarré pour l’heure à un jet de flèche du Collège.

 Les pionniers chimps étaient bien décidés à ne pas bâtir de bâtiments en dur sans raison valable. Des constructions en matériaux légers, convenablement ignifuges et traités contre l’usure leur paraissaient infiniment supérieures en plus que d’être agréables. Ce genre d’habitats, selon eux, était mieux adapté à une existence digne de ce nom. Le Collège d’enseignement était, en conséquence, un ensemble de pavillons à deux étages reliés entre eux par des passerelles de bois et de filins assemblés. Un petit groupe d’élèves/filles étaient assises un peu à l’écart de l’ensemble. Sous l’ombre du gros aéronef fragile, justement...

 - «…À la maison, mes arrière grands-parents et ma mère disent regretter la vie semi nomade en Mongolie… » - Approuva une grande ado velue au pelage fauve. Les cartes s’abattaient en cadence sur le billot, la partie de tarot Chimp battait son plein. Les six jeunes commères, brillantes élèves à part Ferhgha qui était trop indolente pour montrer son intelligence, avaient posé leurs sacs sur un tertre pentu à l’écart des salles de cours.

 - « Et, bien sûr, ton père rumine des arguments en faveur de votre droit à avoir un pays à vous, qui lui sortent parfois des crocs en faisant des étincelles avec de la fumée… » - Plaisanta Meï avant de ramasser le pli.

 - « Eek, oui ! » - Confirma la velue, faisant rire ses camarades.

 - « La moitié des maisonnées sont comme ça !» - Signala Ferhgha en ramassant le pli.

 - « Ça me paraît vrai qu’il faille avoir des lieux à nous quelque part sur Terra…Les humains en ont bien : eux. » - Dit une autre des comparses sans regarder vers Meï.

 - « Si c’est une bonne chose, alors pourquoi est-ce que les mâles, même les tout petits, en profitent pour rouler des mécaniques comme si ça les rendait supérieurs à tout ? » - Demanda sa voisine velue, agacée d’avoir perdu cette manche.

 - « T’en fais pas, nénette, ça leur passera avant que ça me reprenne… » - Lança Ferhgha.

 « Comment est ton « oncle » chez toi, Meï ? Il rumine, lui aussi ? » - Blagua une des filles.

 Meï sourit. Hornak était à la fois un infirme et un héro. A la fois un velu Amélio mâle comme les autres, ordinaire, rassurant, et une personne Singe complexe, avec ses contradictions, ses questionnements et ses innombrables parts d’ombres et de lumières.

 - « Si, si ! Il rumine ! Toutefois, toute sa famille est sur Mars…Comment aurait-il la nostalgie d’une autre vie sur Terra ? » - Fit  remarquer finement la jeune chinoise.

 - « à quel âge est-il parti pour Mars ? » - Demanda Ferhgha.

 

Lorsque toutes ces jeunes velues, avec leur pareille glabre, auraient mûri, elles allaient changer la face du monde intérieur des Amélios Velus de cette planète, et même au-delà. Mais pour l’instant, elles se contentèrent de terminer leur tournoi de Tarot et retournèrent sagement apprendre, sous la férule bienveillante de leurs aînés.

 

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