15 janvier 2010

(My name's Bshannan)

 

Terra  -  Janvier 2372  -  Londres – Docks – (Quartiers sud).

 

Le réchauffement global brutal et les sécheresses avaient modifié les climats, il est vrai. L’ensemble des îles de l’archipel britannique, au petit large du continent européen, demeurait quand même soumis à un régime de type pluvio maritime, avec brouillards fréquents.

 Parfois, aux périodes un peu fixistes – souvent riches en espérances diverses – voire en gestation  d’un nouvel état du monde, les générations montantes et les classes d’âge plus mûr oeuvrent chacune selon leurs inclinations respectives. Il ne s’agit pas toujours là uniquement de différences d’âge, du reste…Le résultat, lui : jamais acquis d’avance.

 S’agirait-il d’un changement ou d’un gel ? Les tâtonnements de tous, jeunes et vieux, normalement, y auraient leur part. Les descriptions encore maladroites d’un jeune poète velu martien, jadis, depuis longtemps disparu, faisaient allusion à cela dans son premier recueil.

 « Heek ! Ce week-end : concert velu en cavité Bio, Anti ! Prends une couverture et en avant !

On ne va pas rester ici ! À attendre que les flics viennent nous taper amicalement sur l’épaule.

En nous parlant, entrecoupés de soupirs, des beautés de l’endroit où ils sont devenus flics !

Je préfère : imaginer comment on peut faire des chose à deux dans un sac de couchage. »

 (Egon de Mars – tiré de : « Swings lointains et petites agaceries. » - (Traduit du simiesque par Rowana Steinbeck) - bibliothèque martienne – 2212.)

 Le vieux pont autoroutier enjambait les voies d’eau artificielles. Le crachin londonien tombait dru, serré. Le velu de Mars sur Terra déambulait le long du petit canal, jetant de grosses miettes de pain rassis aux mouettes. Sous le tablier du pont, il s’assit au bord de l’étroite berge cimentée. Au sec, les pattes arrière ballant dans le vide, comme n’importe quel promeneur qui baguenaude et en profite vite fait. Un moment de répit entre les larmes fines du ciel anglais.

 - « Vous ne devriez pas vous montrer ainsi en pleine capitale, Sir Bshannan. » - Siffla t’il.

 L’ombre du pont maintenait dans une semi obscurité l’eau paresseuse sous ses pieds. Tout contre la paroi brute, un évent apparut, laissant juste émerger quelques empans de peau, grise sur gris.

 - « Aucun de mes Implants n’est plus d’origine, mon bon Sherghi. Comment vas-tu ? »

 - « Je ne suis pas très sûr. Bien, je suppose… » - Répondit le Chimp, jetant un coup d’œil.

 Un très léger caquètement monta -  « C’est le sort de cette humaine qui t’inquiète, hein ? »

 - « Kassandra ? Non ! A présent qu’elle a mystérieusement décidé de retourner sur Mars, je ne m’inquiète plus tellement. Je me demande si nous agissons de la manière correcte ou seulement poussés par la nécessité. Cela me dérange l’esprit quand il est au repos. »

 - « Les glabres à deux pattes doivent accepter que la Liberté est à tous. Mes recherches à Woolwich avancent bien ?» - Demanda le Tursiops en se soulevant un peu plus de l’onde.

 - « Vos recherches avancent bien, oui. Vos associés sont très efficaces. » - Fit le Chimp.

 - « Hyfron a encore de quoi payer les loyers des bassins de vifs ? » - Demanda Bshannan.

 - « Ce cher Hyfron ! Je le préfère à tout autre…L’argent manque, dit-il… » - Fit l’autre.

 - «  Vous avez l’air morose, Sir Sherghi… » - Remarqua le dauphin.

 - « Nostalgique, Bshannan, nostalgique. Cela doit venir de votre sacré climat britannique. »

 - « Courage, ami. Nous regretterons peut-être sous peu toute cette eau…si…mouillée ! »

 Sherghi rigola. Le cétacé clandestin s’y complaisait un peu, mais il endossait à merveille son rôle d’agent occulte qui fait voyage incognito. Bshannan lui indiqua l’endroit en cliqueté.

 - « J’ai disposé ce qu’il faut sur les marches, à cent mètres d’ici. A bientôt Sherghi. » - Fit-il.

 Le mammifère disparut sans un clapot sous les eaux du canal comme une apparition fantomatique de roman victorien qui s’esquive dans le fog. Sur la première marche immergée d’un escalier d’appontage, le paquet lesté attendait Sherhgi. Les loyers et les consignes d’orientation des recherches en biologie marine parviendraient tous à leurs destinataires. Il jeta l’emballage étanche dans une poubelle proche. Puis, Sherghi le velu, capuche sur le front et sac sur l’épaule, entre les hautes façades et les palissades recouvertes de tags criards ou délavés, prit tranquillement le chemin de ses trois pièces au campus de l’Université inter espèces de Woolwich.

 Peut-être quelqu’un l’avait-il aperçu sortant son petit paquet de l’eau… Vu le taux de trafics en tous genre dans cette partie des docks, ça n’avait aucune importance ! Strhashna serait-elle encore à Paris à cette heure de la matinée ? Il accéléra son allure pour attraper le premier tramway, dès qu’il parvint sur les trottoirs de la grande cité sur la Tamise.

 

Posté par shaarka à 15:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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